Shutter Island est un film psychologique, dans la logique du héros malade.
Le marshal Daniels, joué par Léonardo Dicaprio, joue un rôle. Il s’invente marshal pour se protéger de la réalité : il est en fait le 67ème patient, le plus dangereux de Shutter Island.
Voilà, c’est dit ! le pot aux roses est dévoilé. Place aux explications maintenant !

Pour cette raison, Shutter Island fait partie des films qu’on peut voir une deuxième fois avec un œil nouveau : tous les indices interprétés dans un sens (un héros marshal confronté à des personnages qui cachent des informations sur la fuite d’une patiente) peuvent être interprétés sous un nouveau jour (nous avons affaire à un héros qui suite au traumatisme violent de la mort de ses trois enfants par sa femme, qu’il décide de tuer ensuite, s’invente une fiction où il a le plus beau rôle, fiction reprise par les docteurs pour tenter de le soigner).


Au second visionnage, les scènes se comprennent donc autrement :

  • la police est surarmée sur l’île parce que Laeddis, le 67 ème prisonnier, le plus dangereux de l’hôpital, se promène en liberté dans l’île pour un jeu de rôle grandeur nature.


  • Chuck a du mal à sortir son pistolet pour le remettre au policier : il n’est pas marshal de profession mais psychiatre.


  • on peut remarquer à deux reprises un jeu sur le personnage Chuck/Dr Sheehan.

La première fois, il s’agit de l’interrogatoire des infirmiers. Teddy Daniels demande à une aide soignante qui menait la discussion pendant la thérapie de groupe. Celle-ci répond qu’il s’agissait du Dr Sheehan et à cet instant, Scorsese nous montre un gros plan sur Chuck…
Plus tard, Teddy demande à une patiente de décrire le Dr Sheehan ! Celle-ci, mal à l’aise, ne sait trop quel qualificatif choisir et à cet instant, une fois encore, Scorsese choisit un gros plan qui montre Chuck.
La situation, au second visionnage, est donc assez particulière puisque les personnages parlent du Dr Sheehan, que Teddy croit absent, quand il est en réalité à ses côtés constamment.

  • pendant ces interrogatoires, lorsque Teddy demande aux patients s’ils connaissent un certain Laeddis, la réaction ne se fait pas attendre : la patiente assure que non, avant de s’enfuir. Elle est effrayée : Laeddis leur demande s'ils connaissent un certain Laeddis. La situation est surréaliste et oppressante.


  • Rachel Solando, dans le jeu de rôle construit par les médecins, est le miroir de l’histoire personnelle du patient 67 : elle a noyé ses enfants et a oublié son crime, ne peut reconnaître ses actes. Dr Cawley explique que Rachel a mis au point « une fiction où elle nous distribue des rôles : laitier, livreur ». Elle se croit chez elle, dans sa maison, plutôt qu’en hôpital. Teddy ne comprend pas qu’une telle chose soit possible, tant le refoulement qu’il pratique est élevé : « comment se peut-il que la vérité lui échappe ? » s’interroge-t-il, quand, pourtant, il construit en même temps, lui aussi, une fiction pour cacher la vérité.


  • Chuck, au premier visionnage, est le coéquipier de Teddy : il est là pour faire avancer l’enquête avec son partenaire. Au second visionnage, on comprend le lien entre enquête policière et médecine psychologique puisqu’en réalité, le Dr Sheehan suit son patient de bout en bout : il doit le mener à une vérité personnelle.


  • les morceaux se recollent peu à peu. Dans Shutter Island, l’explication est fournie au fur et à mesure des rêves de Teddy : ses rêves se rapprochent petit à petit de la réalité. Par exemple, le premier rêve de sa femme est un fantasme : elle est la victime d’un pyromane. Plus tard, le meurtre des trois enfants est représenté mais à l’intérieur et avec le physique d’une autre et la thématique du lac et de la table de la cuisine. Enfin, c’est la réalité qui revient avec la femme et les enfants.


  • George Noyce, prisonnier du bâtiment C dit à Teddy : « Tu n’enquêtes sur rien. » et le traite de « rat de labyrinthe ». Comme souvent dans ce genre de cas, le fou voit juste et connaît la vérité tandis que le héros et nous, spectateurs, ne comprenons pas tout.


  • Laeddis tel que Teddy le rêve est un être hideux, composé de tous ses mauvais côtés : il fume, boit, incarne la tentation, la laideur et la mort.


Au final, Shutter Island c’est une fin qui laisse l’ambigüité persister : Andrew Laeddis est-il retombé dans son personnage inventé (le marshal Daniels) ou se souvient-il de son passé pour mieux décider de l’oublier et s’en libérer ?


Et le plus fou, c'est que même avec cette explication, il reste une autre hypothèse : le marshal Teddy Daniels existe bel et bien et il est victime d'une manipulation !
Quelques éléments :

  • le marshal Teddy Daniels, quand il donne son pistolet ne donne pas l'étui en cuir. Plus tard, dans le phare, on lui remet un pistolet avec l'étui... donc sans doute celui de Chuck.
  • à la fin du film, le Dr Cawley dit à Teddy qu'il n'a jamais eu de partenaire sur l'île. On peut le comprendre ainsi : Chuck n'a jamais été un partenaire, il est un médecin qui souhaite faire plonger Teddy.
  • il y a deux phares dans Shutter Island... Le premier qui apparaît est en hauteur tandis que le second est dans la mer. Peut-être que celui dans lequel Teddy est allé était celui où il n'y avait aucune expérience...
  • Rachel Solando, quand elle est retrouvée, a les pieds parfaitement indemnes alors qu'elle est censée être restée 2 jours dehors en pleine tempête sur des rochers.

Il faudrait revoir le film une troisième fois en se collant strictement à cette hypothèse.


Au niveau des noms, sans doute quelqu'un peut m'éclairer :

  • Andrew Laeddis / Teddy Daniels
  • Rachel Solando / Dolores Laeddis???

Je ne suis pas sûre du nom de la femme pour tester les anagrammes.
Un problème avec l'anagramme masculin : il n'est pas exact... Ce peut être une preuve pour prouver que Teddy Daniels existe bel et bien et qu'il ne s'appelle pas Andrew Laeddis.
Teddy Daniels serait donc bien victime d'une manipulation.

Sur une semaine un chapitre, vous pouvez aussi consulter la critique de Shutter Island.