Le livre, comme le film ensuite, raconte le meurtre de Susie Salmon, une jeune adolescente qui, dans le monde de l’entre-deux, regarde vivre sa famille, son amour du collège Ray, Monsieur Harvey aussi : son voisin et son meurtrier.

Cette critique sera un peu différente des critiques de livre précédentes. Ma lecture était souvent guidée par la comparaison avec le film et une réflexion sur l’adaptation.

Dans La Nostalgie de l’ange, deux problèmes se posent pour faire du livre un scénario de film. Tout d’abord, dans le monde de l’entre deux il ne se passe rien : Susie regarde et la description du lieu est assez sommaire. Il s’agit d’un kiosque, entouré d’un champ de maïs le plus souvent. A la lecture, c’est possible. Au cinéma, un héros qui ne peut qu’observer est déjà moins évident, même si Hitchcock a démontré que c’était possible avec Fenêtre sur Cour.
Peter Jackson règle le problème en faisant évoluer Susie dans un entre-deux qui se métamorphose systématiquement, quelquefois protecteur, souvent effrayant et trop longtemps psychédélique. Cet ajout, s’il permet à Susie d’agir, alourdit l’esthétique du film, à la façon des gâteaux américains composés de diverses couches de crème.

Ensuite, la seconde difficulté revient à sélectionner certains éléments du livre, et à savoir quand s’arrêter puisque La Nostalgie de l’ange se déroule sur presque une décennie.
De ce côté là, la lecture du livre ouvre une thématique totalement absente du film : la sexualité, qui devient une puissance salvatrice, perçue comme une possible délivrance, qui réussit ou non. Lovely Bones devient alors plus lisse, évacuant la tromperie, le viol, l’arrivée à l’âge adulte et le don de soi. En ce sens, le livre insiste sur l’évolution des personnages, sans omettre Susie, dont le désir grandit et la sagesse aussi.
L’un des thèmes principal du livre reste le lien poétique et émouvant qui se tisse entre les vivants et les morts. Susie les regarde, Ruth ressent les présences, la famille de Susie croit la voir, l’imagine.

Enfin, La Nostalgie de l’ange offre un complément au film : on en sait plus sur Georges Harvey, sur Ruth aussi, et globalement sur les années à l’université, avec la découverte du personnage de Samuel, absent dans la quasi-totalité du film.
Après la lecture, ''Lovely Bones'' devient une adaptation lisse, quelquefois un peu glauque, qui retranscrit néanmoins les personnages avec minutie et profondeur.


Extrait, La Nostalgie de l’ange d’Alice Sebold, p 282

« On n’a pas parlé plus longuement cette nuit-là, mais on a dansé pendant des heures dans cette lumière bleue intemporelle. Tout en dansant, je savais qu’il se passait quelque chose, au ciel comme sur Terre. Un glissement. Cette espèce d’accélération brutale que nous avions étudiée en cours de science, une année. Sismique, inconcevable, un déchirement, une partition totale du temps et de l’espace. Je me suis blottie contre la poitrine de mon grand-père et j’ai respiré son odeur, version antimites de mon propre père, le sang de la Terre, le ciel au paradis. Le kumquat, le putois, le tabac de qualité supérieure.
Quand la musique s’est arrêtée, j’ai eu le sentiment qu’elle avait commencé une éternité plus tôt. Mon grand-père a reculé et, derrière lui, la lumière a jauni.
« Je m’en vais, a-t-il annoncé. »
« Où ça ? »
« Ne t’en fais pas, ma chérie. Tu es si près. »
Il s’est retourné puis s’est éloigné, se désintégrant rapidement dans l’infini en points et en poussière. »


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