Tout se complique lorsque le lendemain, Suzanne est retrouvée morte. Le loup a oeuvré une nouvelle fois et Massart a disparu. Soliman, fils adoptif de Suzanne et Le veilleux, vieux paysan qui l'aimait décident de partir à la recherche de Massart le loup garou pour lui "coller au cul". Ils réussissent à convaincre Camille de venir : elle conduira la bétaillère (il faut le permis poids lourds et elle est la seule à l'avoir) et ils y dormiront, malgré la forte odeur de suint. Le rode mouvie commence.

L'homme à l'envers est un livre qui choisit les sentiers de traverse plutôt qu'une autoroute. Fred Vargas propose un écriture spéciale et agréable, portée par l'usage de la répétition, et le jeu avec les mots (définition des mots par Soliman qui ne quitte pas son dictionnaire, francisation de termes anglais).
Fred Vargas prend son temps, construisant dans les premiers chapitres un livre d'une beauté formelle à l'intrigue naissante intéressante, mais qu'on arrive encore à arrêter en cours de route. C'est vers le milieu du livre, que s'arrêter devient difficile, le voyage de Camille, Soliman et Le Veilleux étant si surréaliste et attachant qu'on est bien triste de voir les pages qu'il reste à lire se réduire.

Si au départ les personnages de L'homme à l'envers sont de grands originaux (Camille, belle fille qui aime l'outillage et conduire des camions, Soliman passionné de dictionnaires, Lawrence pour qui la priorité est de donner à manger à un vieux loup en difficulté) on s'y attache petit à petit, jusqu'à ne plus vouloir les quitter.
Le rythme s'accélère quelques chapitres avant la fin avec un dénouement inattendu qui donne à l'homme à l'envers une nouvelle saveur et l'envie de le relire.
L'homme à l'envers est un de ces romans qui brille aussi par sa description des petits villages de montagne et de ces habitants.
Le Veilleux, vieux sage du village, part avec ses bouteilles de blanc dans la bétaillère, des bouteilles qui ont toutes les vertus : resserrer les liens, tenir éveillé, remotiver. Et voici un petit extrait ci-dessous pour vous donner l'eau à la bouche :

" Soliman revint avec une bouteille de blanc sans étiquette. Le Veilleux la présenta sous les yeux de Camille. - Le vin du village, expliqua-t-il en sortant un tire-bouchon de sa poche, le blanc de Saint-Victor. Intransportable. ça vous tient en vie, une sorte de miracle. Bon pied, bon oeil. Il nous faut rien d'autre.
Le Veilleux porta la bouteille à ses lèvres.
- T'es pas un vieux berger solitaire, ici, dit Sol en lui retenant le bras. T'as de la compagnie. Bois pas comme un dégueulasse. A partir de ce soir, on boit dans des verres.
- J'aurais partagé, de toute façon, dit Le Veilleux.
- Il s'agit pas de ça, dit Soliman. On boit dans des verres.
Le jeune homme en donna un à Camille qui le tendit au Veilleux.
- Gaffe, dit le Veilleux en versant le vin, il est piégeux.
C'était un vin au goût inhabituel, sucré, un peu pétillant, qui avait chauffé dur dans le camion. Camille ne put décider si ça les raviverait tout au long de la route ou si ça les tuerait en trois jours. Elle tendit son verre pour en avoir une seconde ration.
- Piégeux, répéta Le Veilleux en levant un doigt."

Extrait de L'homme à l'envers, p 151.